Accord sur la rémunération dans les plateformes de livraison
- FD SUD C&S
- il y a 5 jours
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Alléluia ! Après deux ans sans aucun accord et à l'approche de la transposition de la directive européenne sur les travailleurs des plateformes, l'ARPE peut s'enorgueillir d'un accord sur le point sensible de la rémunération des livreurs, le premier sur le sujet depuis 2023, dont le mimum horaire augmenterait de manière conséquente au 1er septembre prochain, jusqu'à dépasser le montant actuel du SMIC, applicable lui aux salarié-es depuis janvier dernier à hauteur de 12,02 euros brut : formidable !
Que nenni ; c'est ce qu'explique Maître Kevin Mention, notre principal conseil dans les actions juridiques contre les plateformes, dans la contribution qui suit :
19 E𝗨𝗥𝗢𝗦 𝗗𝗘 𝗟’𝗛𝗘𝗨𝗥𝗘 𝗖𝗛𝗘𝗭 𝗨𝗕𝗘𝗥 𝗘𝗧 𝗗𝗘𝗟𝗜𝗩𝗘𝗥𝗢𝗢 ? 𝗢𝗡 𝗗𝗘́𝗖𝗥𝗬𝗣𝗧𝗘 𝗟’𝗔𝗥𝗡𝗔𝗤𝗨𝗘 !
UBER et DELIVEROO ont encore gagné. Énorme coup de com’ : journalistes et influenceurs relaient la prétendue avancée du siècle.
Un accord formidable a été signé, avec à la clé : DIX-NEUF EUROS DE L’HEURE POUR LES COURSIERS !
Ça y est : Macron est de gauche, les deux plateformes deviennent fréquentables et on lit déjà dans les commentaires : « Super, plus besoin de donner de pourboire désormais. »
Sauf que… 𝗖’𝗘𝗦𝗧 𝗙𝗔𝗨𝗫.
La précédente annonce merveilleuse promettait 11,75 euros de l’heure. Cette fois, on passerait donc à 19 euros : plus de 60 % d’augmentation d’un coup. Waouh ! Les coursiers gagneraient désormais davantage que le SMIC.
Mais en réalité, non. TROIS RAISONS PRINCIPALES :
1/ CE N’EST PAS 19 EUROS PAR HEURE TRAVAILLÉE
C’est 19 euros par heure « en course ». Autrement dit, le temps passé à attendre une commande n’est pas pris en compte.
Or les plateformes recrutent à tour de bras et une part considérable de comptes est utilisée par des travailleurs sans papiers, parfois contraints de travailler 80 heures par semaine pour survivre. Résultat : il y a très souvent davantage de coursiers que de courses.
Si tu effectues deux courses de 15 minutes et que tu attends 30 minutes entre les deux, tu ne gagnes déjà plus 19 euros de l’heure, mais… 9,50 EUROS DE L’HEURE.
2/ LE CALCUL NE REPOSE MÊME PAS SUR LE TEMPS RÉEL DE COURSE
Pire encore : la durée retenue est une durée de course estimée par… UBER et DELIVEROO.
Prenons un coursier qui attend 15 minutes qu’un restaurant termine une commande, puis 10 minutes devant un client qui ne répond pas, avec 15 minutes de livraison :
Temps réellement consacré à la course : 40 minutes.
Temps potentiellement retenu et rémunéré : 15 minutes.
3/ IL S’AGIT D’UNE MOYENNE CALCULÉE SUR LA SEMAINE
Ce n’est donc même pas un minimum garanti pour chaque heure ou chaque course. Un soir de match, tu enchaînes les commandes et tu atteins 25 euros de « l’heure » grâce aux primes etc. (NDLR : par « heure », il faut toujours comprendre hors attente entre deux courses, hors attente au restaurant ou devant le client, et sur la base d’une durée estimée par les plateformes).
Le reste de la semaine, tu ne gagnes que 15 euros ? Aucun complément : la moyenne hebdomadaire suffit.
Et la douille est d’autant plus énorme que les plateformes affirmaient déjà, pour 2023, verser en moyenne non pas 19 euros, mais 22,70 euros et 28,70 euros selon les plateformes.
OUI VINGT-HUIT OU VINGT-TROIS ET NON PAS DIX-NEUF !!! Et on dénonçait déjà que la rémunération réelle restait inférieure au SMIC.
𝗔𝗨𝗧𝗥𝗘𝗠𝗘𝗡𝗧 𝗗𝗜𝗧 : La prétendue hausse pourrait en réalité dissimuler une BAISSE et un alignement sur ces fameux 19 euros.
Bien entendu, toujours aucune véritable protection comparable à celle des salariés qui coûteraient bien plus cher à nos amis (alors qu'on est loin d'avoir de vrais indépendants) :
– pas de reconnaissance des accidents du travail et des maladies professionnelles ;
– pas de mutuelle d’entreprise ;
– pas d’heures supplémentaires majorées ;
– pas d’indemnités kilométriques ;
– pas de prise en charge des frais professionnels ;
– pas d’assurance chômage ;
– et ainsi de suite.
Alors pourquoi annoncer soudainement 19 euros ? Parce qu’une directive européenne, qui inquiète fortement les plateformes et prévoit une présomption de salariat dans certaines conditions, doit être transposée en droit français.
Et parce que se profile également la généralisation du prélèvement à la source des cotisations par l’URSSAF, alors même que nombre de coursiers ne gagnent déjà pas suffisamment pour payer correctement leurs cotisations aujourd’hui.
𝗟𝗘𝗦 𝗖𝗢𝗨𝗥𝗦𝗜𝗘𝗥𝗦 𝗩𝗢𝗡𝗧-𝗜𝗟𝗦 𝗗𝗘́𝗦𝗢𝗥𝗠𝗔𝗜𝗦 𝗚𝗔𝗚𝗡𝗘𝗥 𝟭𝟵 𝗘𝗨𝗥𝗢𝗦 𝗗𝗘 𝗟’𝗛𝗘𝗨𝗥𝗘 ? 𝗡𝗢𝗡.

Et pour que les principaux concernés que sont les livreurs puissent juger sur pièce de cette avancée, nous mettons en ligne l'accord signé par deux des quatre syndicats représentatifs du secteur dont nous nous étonnons que ni l'ARPE, ni les signataires ne l'aient rendu public bien que validé.
